Attac tire la sonnette d’alarme en organisant, comme un jeu de rôle, une opération « autopsie » de l’évasion fiscale et en profite pour rappeler la situation catastrophique des hôpitaux français.

Hémorragie fiscale, cancer de la dette, insuffisance pénale et fracture sociale… Le diagnostic porté par les militants d’Attac et les syndicalistes de la santé est sans appel. Le 26 novembre, à partir de midi, 50 militants ont occupé durant une heure le hall de l’agence de BNP Paribas Sébastopol (3e arrondissement) pour pratiquer l’autopsie de l’évasion fiscale, selon eux « au cœur » du problème.

Le but de cette action ? Dénoncer l’évasion fiscale et mettre en lumière ce qui pourrait être financé avec cet argent. « On voulait lier les combats, explique Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, vêtue d’une blouse blanche pour l’occasion. La #BNP possède 200 filiales dans les #paradisfiscaux et nous menons cette action avec les syndicats de la #santé qui témoignent des dégradations de leurs conditions de travail à cause des réductions budgétaires. »

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Comptes offshore vs intérêt général

Sur fond musical de la Fanfare invisible, Jean Vignes, infirmier de secteur psychiatrique, raconte « l’inhumanité » du #servicepublic de la #santé. « La souffrance des employés est là, elle est réelle. Les suicides du personnel hospitalier se comptent par dizaines sur le territoire, comme à Toulouse où six infirmiers se sont donnés la mort. Et il y a aussi la souffrance des usagers, que l’on soigne de moins en moins bien. Il y a eu le cas, à Rennes, d’une femme âgée de 86 ans qui s’est retrouvée à la rue à deux heures du matin, chassée des urgences faute de place. On manque de moyens alors qu’avec l’argent défiscalisé, entre 60 et 80 milliards par an, on pourrait faire fonctionner pendant dix ans l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, le plus gros complexe hospitalier de France. » D’autant que le plan triennal prévoit 3,5 milliards d’euros d’économie pour les hôpitaux et que le projet de loi sur le financement de la Sécurité sociale prévoit 4 milliards de coupe budgétaires supplémentaires.

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Le but est de sensibiliser la majorité grâce à une action visuelle, très mise en scène. « Oui, c’est de la désobéissance civile, mais je pense que c’est légitime au vu de notre combat », explique Gilles, militant d’Attac. Dans cette action, lui a le rôle de médiateur : il explique aux clients de la banque ce qu’il se passe et les guide à travers la foule jusqu’aux bureaux, « pour que tout se passe dans la bonne humeur ». Les militants le rappellent : il s’agit d’une occupation pacifique, pas d’un blocage. D’ailleurs, la police n’interviendra pas, se contentant de regarder le spectacle depuis le trottoir. Car du spectacle, il y en a : les militants, déguisés en chirurgiens, font l’autopsie de l’évasion fiscale dans le hall de la banque. Parfois, la chanson « Sacrés requins », sur l’air de « Copain d’abord » de George Brassens, vient ponctuer les interventions.

Une opération a cœur ouvert

Murielle Guilbert de Solidaire finances publiques joue le rôle de « docteur fiscal » qui s’attaque au « cœur » du problème: l’hémorragie fiscale. Elle note deux symptômes aggravants : « Les garrots posés pour empêcher cette hémorragie sont insuffisants. La preuve : depuis 2012, il y a 36 000 personnes en moins dans l’administration fiscale. » Elle accuse aussi les cadeaux fiscaux faits aux entreprises, « ces grandes gagnantes » et notamment le pacte de responsabilité signé en 2014, qui ont aggravé la situation.

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En écho à ces propos, le « médecin » Aurélie Trouvé dénonce un problème sous-jacent : l’insuffisance pénale. « Il y a une grosse déficience de moyens pour la surveillance : aujourd’hui, la police fiscale française compte 75 agents. Pas un de plus. » L’une des revendications d’Attac est aussi la fin du « verrou de Bercy », en effet, seul le ministre du Budget peut décider des poursuites judiciaires en matière de fraude fiscale.

« Le cancer de la dette gangrène les hôpitaux », martèle Patrick Saurin, porte-parole de Sud Solidaire BPCE. Il pointe les emprunts toxiques des banques qui conduisent au surendettement des structures hospitalières : « C’est le cas de l’hôpital de Juvisy qui a trois fois le montant de sa dette en pénalités. » Ancien employé de la Caisse d’Epargne, il milite pour que les secteurs bancaires et de la santé deviennent publics. « C’est une question de bon sens, pas d’idéologie. La santé n’est pas une marchandise. »

Mais, face aux faiblesses du service public, c’est « le privé lucratif qui débarque et l’or gris qui se développe », affirme Margot, travailleuse sociale qui diagnostique une fracture sociale. « Aujourd’hui, on préfère fouiller dans les comptes des bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU) pour vérifier qu’ils ne trichent pas et sont bien en dessous du seuil de 720 euros mensuels, plutôt que de fouiller dans les comptes off shore de BNP Paribas… »

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« On va tout faire pour se faire entendre »

« Il y a une absence de réponses aux besoins sociaux fondamentaux alors que, contrairement à ce que nous dit la droite et une partie de la gauche, il y a de l’argent ! », affirme la porte-parole d’#Attac. La situation s’aggrave et 2017 n’annonce rien de bon. « Le danger c’est que les partis traditionnels n’écoutent pas les craintes, légitimes, des citoyens sur la mondialisation néolibérale, et que ceux-ci se réfugient en votant à l’extrême droite. C’est pour cela qu’en 2017, on va tout faire pour se faire entendre. »

Attac a déjà commencé à faire du bruit en lançant en novembre la « saison 2 » des Faucheurs de chaises, dont le nom vient du Grand Journal suite à leurs réquisitions de chaises dans les banques. « On a changé de mode opératoire, explique Mélanie, chargée de la communication. Il s’agit d’un grand mouvement d’occupation pour interpeller les citoyens. » Ces derniers sont d’ailleurs très intrigués par le spectacle : nombreux s’arrêtent et prennent les tracts distribués par les militants. D’autant que celui-ci est attractif : un billet de 60 milliards d’euros, rappelant le montant annuel de l’évasion fiscale.

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Pour Aurélie Trouvé, « La mobilisation est une réussite. Il y a des militants, des syndicalistes mais aussi des artistes et des étudiants, c’est un sacré brassage culturel et générationnel. Et puis c’est un moment de plaisir aussi. » Mais la campagne ne s’arrête pas là. « On se mobilise aussi pour le procès de Jon Palais, le 9 janvier à Dax. » Il s’agit du premier procès d’un faucheur de chaises, accusé par la #BNPParibas de « réquisition citoyenne » de chaise. L’occasion d’un autre procès pour les faucheurs : celui de l’#évasionfiscale.

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