Les experts de complaisance de l’Agence du médicament

L’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé justifie son impéritie dans le dossier de l’essai de Rennes par l’avis favorable que lui ont donné les experts d’un comité spécialisé. Mais huit experts sur les douze qui forment ce comité ont des liens avec l’ANSM.

L’#ANSM (agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) s’est efforcée, mardi 11 octobre, de démentir les révélations de Mediapart qui montrent, à partir de l’enquête judiciaire, que l’essai clinique meurtrier de Rennes n’aurait jamais dû être autorisé ; et que l’agence s’est livrée à une désinformation organisée pour couvrir son #impéritie (voir notre article).

Dans un communiqué, l’agence « dément catégoriquement avoir caché quelque information » que ce soit. Un seul exemple illustre la valeur de ce démenti : fin février, on apprenait que deux chiens et un singe étaient morts lors des essais précliniques sur le BIA 10-2474, la molécule responsable de l’#accidentdeRennes ; les dirigeants de l’agence ont alors affirmé haut et fort, dans toute la presse, que ces morts d’animaux ne pouvaient pas être considérées comme un signal remettant en cause l’essai sur les humains. Ces morts d’animaux « n’apportent rien au débat », déclarait François Hébert, directeur général adjoint de l’agence, cité dans Le ParisienL’ExpressLe Télégramme, etc. Monsieur Hébert avait expliqué à Mediapart que les chiens avaient été exposés à des doses beaucoup plus fortes que l’homme et avaient souffert de lésions pulmonaires, sans rapport avec les atteintes cérébrales dont ont été victimes les volontaires de Rennes (voir notre article).

L’enquête préliminaire des gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) fait apparaître que deux chiens et deux singes ont eu des troubles tels que manque de coordination, perte d’équilibre, tremblements ou démarche anormale. Ces troubles, que François Hébert a omis d’évoquer dans ses échanges avec la presse, suggèrent des #atteintesneurologiques. À l’évidence, ils auraient dû appeler l’attention. Pour se justifier, l’agence affirme dans son communiqué que « des experts indépendants ont examiné la totalité du dossier de fond ». Ces experts sont ceux du #CSST (comité scientifique spécialisé temporaire), mis en place par l’agence le 25 janvier 2016 pour une durée de trois mois, qui a rendu son #rapport final le 18 avril 2016 (voir le site de l’ANSM). Les douze membres du comité ont estimé que les atteintes neurologiques observées chez les animaux avaient un caractère « a priori non alarmant » et qu’aucun élément « ne constituait un signal de nature à contre-indiquer le passage chez l’homme ».

L’ANSM se prévaut de ce jugement du CSST pour considérer qu’elle n’a pas fait de faute. Le seul problème, c’est que ces « experts indépendants » ne le sont pas vraiment. Sur les douze membres du CSST, huit travaillent ou ont travaillé pour l’agence du médicament, en participant à des commissions, groupes de travail ou #expertises ponctuelles. Trois étaient membres du conseil scientifique de l’agence en 2012. Certains ont des liens avec le groupe #Servier, fabricant du #Mediator.

• Le président du CSST est Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l’université de Bordeaux 2 dont il a été président de 2002 à 2008. Bernard Bégaud, 67 ans, a longtemps dirigé l’unité de recherche Inserm U657 et « Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de santé sur les populations ». Bernard Bégaud s’est formé à la pharmaco-épidémiologie à Montréal, comme Lucien Abenhaim, ancien directeur général de la santé, avec qui il a régulièrement travaillé. Selon une source informée, « Bégaud a introduit la pharmaco-épidémiologie en France et en a fait un business ».

Pendant des années, toutes les études importantes de #pharmaco-épidémiologie se sont retrouvées dans l’unité bordelaise de Bégaud, aujourd’hui intégrée dans l’unité 1219, dirigée par le professeur Antoine Pariente. Ce dernier, proche de Bégaud, lui devrait sa nomination à la tête de l’unité, selon notre source. Pariente a aussi été très présent dans les commissions de l’#agencedumédicament.

Bernard Bégaud a été longtemps membre et même vice-président de la Commission nationale de pharmacovigilance, surtout pendant les années stratégiques pour le Mediator. Il a participé aux principales réunions de la commission qui ont conclu qu’il n’y avait pas de « signal significatif de toxicité du Mediator ». Bégaud a créé en 1989 une association 1901 s’occupant de pharmacovigilance, Arme-P, financée par une douzaine de laboratoires pharmaceutiques, dont Servier (lire notre article). Le docteur Francis Wagniart, responsable de la pharmacovigilance du groupe Servier, collaborait à cette association, ce qui n’a pas aidé à découvrir le danger du Mediator…

En 2010 et 2011, le professeur Bégaud était président du conseil scientifique d’Epi 3, une étude épidémiologique sur l’homéopathie financée par les laboratoires Boiron.

Fin 2014, l’ANSM a décidé de soutenir financièrementune « plate-forme en épidémiologie des produites de santé » à Bordeaux, dirigée par Antoine Pariente et incluant l’unité 657 de Bégaud.

En 2016, l’ANSM a choisi Bernard Bégaud comme président de son jury d’appel à projets de recherche.

 

• Marie-Germaine Bousser, professeur de neurologie à l’université Denis Diderot, ancien chef de service à l’hôpital Lariboisière, et aussi membre du CSST. En 1998, elle a été nommée expert auprès de la Commission de la transparence, chargée d’évaluer l’utilité des nouveaux médicaments, et qui dépendait à l’époque de l’agence du médicament (elle est aujourd’hui rattachée à la Haute autorité de santé). Madame Bousser a aussi des liens avec le fabricant du Mediator et fait partie du comité scientifique de l’Institut Servier. Elle participe au groupe de travail sur la prévention des conflits d’intérêts à l’Assistance publique – hôpitaux de Paris, sous la présidence de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP. Elle est membre du Comité consultatif national d’éthique. Selon Le Figaro« elle est très active auprès des laboratoires Servier ». …

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12 octobre 2016 | Par MICHEL DE PRACONTAL

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