Les lanceurs d’alerte sont les alliés de la démocratie

D’aucuns nous disent que l’expansion et la protection des #lanceursdalerte annonceraient, sinistre prophétie, une société de mouchards et de corbeaux. Difficile de contester que ceux qui cherchent à les diaboliser sont ceux-là même qui cherchent aussi à pérenniser leur irresponsabilité politique.

Note démocratie est souffrante mais la vitalité citoyenne a rarement été aussi grande ce qui nous console – un peu – et nous invite à explorer ce fond commun d’évidences qui doit être le ferment d’une cohésion sociale renouvelée.

En effet, jamais la #défiance vis-à-vis des responsables publics, c’est-à-dire ceux qui devraient incarner l’#intérêtgénéral n’a été aussi vertigineuse tout comme celle envers les acteurs privés, notamment les #multinationales, dont les nouvelles doxa en forme de déclaration d’amour pour la coresponsabilité sont accueillies avec beaucoup de scepticisme.

Aussi, deux vents contraires soufflent: le premier incarné par la volonté de mieux protéger les lanceurs d’alerte portée en France par Michel Sapin (la loi #SAPIN2 est en cours d’examen). A l’inverse, les #lobbies puissants qui, s’ils ont échoué en France à criminaliser durement la violation du #secretdesaffaires, ne désarmeront pas devant les institutions européennes tant un tel dispositif dans le secteur privé reste la meilleure dissuasion pour lanceurs d’alerte de sortir de l’ombre.

#AntoineDeltour que j’ai défendu devant le Tribunal de Luxembourg, à mon sens injustement condamné (la Cour d’appel tranchera en décembre) a été décoré de la Médaille du Citoyen européen et simultanément, la directive européenne sur le secret des affaires adoptée le 14 avril 2016 on le sait, offre des mécanismes si compliqués, déconnectés de la réalité et sans protection qui empêcheraient demain un autre Antoine Deltour en France de briser les verrous et les secrets s’il était témoin d’une opération de #blanchiment au sein d’un établissement bancaire.

Figure nouvelle de ces hyper-citoyens

Les #lanceurs d’alerte ont fait irruption brutalement depuis une dizaine d’années dans l’agora mondiale, particulièrement en Europe et sur le continent nord-américain. Ils ne veulent pas, comme au XIXème siècle, amorcer une fédération de milliers de citoyens à partir d’une géniale transgression comme Gandhi ou Luther King. Ils sont la figure nouvelle de ces #hypercitoyens qui soulevés par leur conscience avec la complexité et la biodiversité qu’elle comporte, sont mus par une démarche essentiellement solitaire avec le même fil rouge : accepter de sacrifier durement son intérêt individuel, parfois imprudemment, pour la défense d’un intérêt général en péril.

Ils ont vocation, à l’évidence, à être les acteurs d’une meilleure respiration de notre démocratie, terriblement meurtrie, même s’ils sont insusceptibles de la ré-enchanter à eux seuls.

Il faut donc les #protéger mieux et de façon universelle pour briser les reins à tous ces faux prophètes qui annoncent une répétition de Vichy comme on l’a entendu parfois au Parlement français, mais aussi être terriblement intransigeant avec ceux qui manipuleraient la vertu pour distiller un poison : Le pire ennemi du #lanceurdalerte dont la carte ADN doit être la bonne foi, est le lanceur d’alerte de mauvaise foi.

Le juge européen, une fois de plus, a été précurseur pour défendre ces nouveaux pionniers en rappelant des critères simples : utilité des informations, impossibilité de les révéler en interne, la bonne foi, la sincérité et un préjudice marginal pour l’institution frappée.

La bataille pour l’intérêt général a toujours été une bataille de proportionnalité.

PricewaterhouseCoopers, après les révélations d’Antoine Deltour, n’a pas vu ses bénéfices fondre – point s’en faut – et s’est contenté sagement de demander un euro de dommages et intérêts.

Alors bien sûr les lanceurs d’alerte ne pourront ni résoudre la crise de la représentativité, ni contrer ce mouvement funeste de « désocialisation de la politique » pour employer une expression heureuse de Pierre Rosanvallon.

Mais ils y contribuent déjà en étant une forme de réponse à ceux qui ont perdu confiance en l’Etat et leurs représentants, soit du fait de la souveraineté qui leur est disputée par les grands acteurs privés, soit du fait de la mondialisation.

Réinventer la démocratie

Au-delà, ce que nous disent les lanceurs d’alerte, c’est qu’il faut réinventer la démocratie et que les excès du système libéral car il s’agit bien de cela, qui l’a corrompent parfois profondément.

Ce qu’ils dénoncent, c’est que la tyrannie de logique du court-terme qui est au cœur des obsessions de survie politique mais aussi de ceux qui font de la recherche de l’hyper-profit leur religion.

Quand ils révèlent ces #scandales qui n’ont rien de conjoncturel et qui sont réalité, les marqueurs de la contamination de la démocratie par des logiques oligarchiques venimeuses, ils nous imposent de voir au nouveau long-terme.

Ils ne disparaîtront que lorsque les responsables se seront un peu plus connectés à l’éthique et à l’intérêt général alors la menace terroriste, ses instrumentalisations et les peurs irrationnelles qu’elles suscitent, restent un puissant contre-courant.

Raison de plus d’être très attentif à tout ce qui pourra permettre à ces citoyens courageux de nous éclairer sur ce qui ronge la démocratie.

#EdouardSnowden, traître dans son pays, n’a-t-il pas été décrit récemment par l’ancien n°2 de la DGSE comme quelqu’un qui avait aidé la France en révélant que mêmes l’#espionnage avait cours, même entre alliés.

William Bourdon, avocat. 

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publié le Le 16.09.2016

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