Corruption et répression en Mauritanie : la France doit sortir de son silence

Plusieurs députés français se rendent en visite officielle en Mauritanie du 4 au 9 septembre. Quel est le but de ce voyage ? Qui vont-ils rencontrer ? Selon la seule information officielle disponible, le discours de l’ambassadeur de France en Mauritanie du 14 juillet 2016, « deux délégations de l’Assemblée nationale française – le groupe d’amitié France-Mauritanie et une mission de la commission des affaires étrangères – viennent en septembre rencontrer leurs homologues parlementaires et les autorités mauritaniennes, les écouter et recueillir leurs avis ».

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Le 24 août, j’ai écrit en ma qualité de président de l’association #Sherpa une lettre aux députés du groupe d’amitié France-Mauritanie pour leur demander une audience afin de les entretenir sur les questions de gouvernance dans ce pays. Aucun député participant à ce voyage ne m’a répondu. J’aurais aimé pouvoir attirer leur attention sur ce pays qui traverse depuis plusieurs années une crise lourde de périls. Comme pour d’autres Etats du Sahel, la France continue à aider aveuglément le gouvernement de Mohamed Ould Abdel Aziz, pourtant lourdement gangrené par la #corruption, le #despotisme et les #violations répétées des #droitsdelhomme.

Pactes entre pouvoirs et réseaux terroristes

Les observateurs locaux regrettent amèrement un silence complice des autorités françaises qui, au prix de vagues promesses de lutte contre le #terrorisme – alors même qu’à Nouakchott sont dénoncés des pactes entre les pouvoirs et les réseaux terroristes – se refusent à condamner les #dérives d’un régime.

Les incantations et exhortations prononcées par le président Hollande lors des discours de Kinshasa et de Dakar, en son temps célébrées, semblent bien loin. A #Nouakchott, la rue gronde, les menaces de violence abondent. Autant de gisements à venir dont se saisiront les funestes réseaux tapis dans l’ombre. Une fois encore, la tyrannie du « court-termisme » potentialise des tragédies à long terme.

Cinq jeunes militants du « Mouvement du 25 février », né pendant le « printemps arabe », et de « Je n’achète pas du gasoil», créé à la suite d’une hausse sans précédent du prix du carburant, ont été condamnés le 2 août à de la prison pour « violences » et « agression ». Tous avaient protesté contre la condamnation à trois ans de prison d’un jeune journaliste accusé d’avoir, lors d’une conférence de presse, lancé sa chaussure sur le ministre porte-parole du gouvernement, sans l’atteindre, en le qualifiant de « ministre du mensonge ».

Le 18 août, au cours d’un autre simulacre de procès, une juridiction mauritanienne a condamné treize militants anti-esclavagistes de l’#ONGInitiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) à des peines allant de trois à quinze ans de prison ferme pour « usage de la violence ». Le régime les accuse d’avoir participé à une #manifestation qui a dégénéré le 29 juin. Les principaux intéressés et Amnesty International ont fermement démenti ces accusations. Les avocats des #militants se sont plaints de graves vices de procédure et les accusés anti-esclavagistes ont eux-mêmes affirmé avoir été #torturés en détention. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies, l’Union européenne, le département d’Etat américain ont tous exprimé leurs vives inquiétudes et ont demandé aux autorités mauritaniennes de diligenter des enquêtes sur ces allégations. La France, elle, n’a rien dit.

Des milliers d’hectares cultivables volés

D’autres affaires de ce type entachent la réputation de la #Mauritanie. En avril, un jeune bloggeur a été condamné à mort pour « apostasie ». En 2014, un rappeur a été emprisonné plusieurs mois pour avoir refusé de chanter à la gloire du président. Depuis quelques années, des milliers d’hectares de terres cultivables, comme à Dar Elbarka, où vivent des populations noires, ont été systématiquement spoliées au profit de businessmen locaux et étrangers. Des stades, des écoles appartenant à l’Etat ont été revendus à des commerçants alors que le taux d’analphabétisme est de plus 41,4 %. Bref, les exemples ne manquent pas.

L’association Sherpa, spécialisée notamment dans la lutte contre la corruption, n’a cessé, vainement, de tirer la sonnette d’alarme sur la mal-gouvernance du régime de #MohamedOuldAbdelAziz.

Lire aussi :   Kinross en Mauritanie : « Le niveau de corruption devenait ubuesque »

En décembre 2015, avec l’ONG canadienne Mining Watch, nous avons déposé une plainte devant le parquet financier de Toronto contre l’entreprise minière canadienne Kinross Gold Mining pour #corruption en Mauritanie. Les informations à notre disposition suggèrent l’existence de liens très étroits entre Kinross et des responsables publics, qui auraient permis des #fluxfinanciers #opaques de grandes ampleurs à des bénéficiaires illégitimes.

plusieurs reprises nous avons interpellé les grands bailleurs publics internationaux sur les prédations ubuesques de la clique au pouvoir sur les ressources du pays. En janvier 2014 par exemple, à la suite de nombreuses interpellations de Sherpa, la Banque islamique de développement (BID) avait décidé de renoncer à financer l’extension de la centrale électrique de Nouakchott, marché de gré à gré attribué à la société Wärtsilä, en raison d’indices sérieux de corruption. Finalement, après des interventions politiques au plus haut niveau, la BID fit marche arrière.

Mauvaise gouvernance

De graves soupçons ont aussi plané sur la construction du nouvel aéroport international de Nouakchott, dont le marché a été accordé, sans appel d’offres, à un consortium privé dépourvu de la moindre expérience dans le domaine de la construction des infrastructures aéroportuaires. Ce marché a consisté en un troc opaque : moyennant la construction du futur aéroport, le consortium s’est vu offrir un vaste domaine occupé notamment par un quartier résidentiel.

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Par Me William Bourdon

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