Accusé de faux, Ali Bongo obtient le soutien inébranlable de l’Elysée

Dans une lettre officielle obtenue par Mediapart, la présidence de la République a pris fait et cause pour le président du Gabon Ali Bongo dans l’affaire de son état civil, objet de vives tensions à Libreville à l’approche de l’élection présidentielle du 27 août 2016.

C’est un courrier qui engage la France dans un dossier africain très #sensible sous tous les angles : politique, diplomatique et judiciaire. Élu président du #Gabon en 2009, au terme d’un processus électoral contesté, #AliBongo est #soupçonné d’avoir fabriqué un #faux acte de naissance pour pouvoir se présenter à la magistrature suprême de son pays et, ainsi, succéder à son père #OmarBongo, qui a dirigé pendant 42 ans ce puissant confetti d’#Afrique, par ailleurs bastion historique de la #Françafrique. Il est aujourd’hui suspecté de vouloir récidiver pour se maintenir à son poste.

Mais en dépit de doutes de plus en plus persistants sur l’authenticité de l’état civil d’Ali Bongo et d’une #enquête de #justice diligentée en France sur le sujet, l’#Élysée a très vite choisi son camp. La conseillère Afrique du président de la République, #HélèneLeGal, a fait savoir, dès le mois de juillet 2015, dans une lettre envoyée à des membres de l’opposition gabonaise, qu’« aucun doute ne saurait exister quant à l’authenticité » de l’acte de naissance litigieux. « Rien ne peut étayer, aux yeux des autorités françaises, la qualification d’imbroglio administratif et juridique », selon la conseillère de #FrançoisHollande.

Officiellement, Ali Bongo est né le 9 février 1959 à Brazzaville, alors sous gouvernorat français. Seulement voilà, il serait en réalité originaire du #Biafra (#Nigeria) où il aurait été #adopté par Omar Bongo à la fin des années 1960, selon le journaliste et écrivain #PierrePéan, qui a développé cette thèse dans son livre #NouvellesAffairesafricaines (Fayard), paru fin 2014.

L’affaire est tout sauf anecdotique. La Constitution gabonaise, rédigée sous le règne d’Omar Bongo, stipule en effet que « toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la présidence de la République ». Si Ali Bongo était bien originaire du Biafra, donc nigérian de naissance, sans être le fils biologique de son père, l’élection de 2009 serait par conséquent #invalide et il ne pourrait pas, en pratique, concourir à celle du 27 août prochain.

Depuis les premières informations publiées, de nombreux éléments sont venus conforter l’hypothèse d’une forgerie d’État. Le plus spectaculaire réside peut-être dans l’aveu fait par Ali Bongo lui-même, le 11 janvier 2015, lors d’un entretien avec la radio RFI, durant lequel le président gabonais avait reconnu avoir fourni de « faux documents » à la commission électorale de son pays pour pouvoir se présenter en 2009.

L’affaire a naturellement rebondi en France, Ali Bongo étant officiellement né en 1959 au temps du gouvernorat de l’Afrique équatoriale française (AEF), dont les archives d’état civil se trouvent à Nantes. Un acte de naissance de l’intéressé y a été retrouvé en novembre 2015, sans que, pour autant, les doutes s’amenuisent sur son authenticité. Au contraire : le document est dissemblable en de nombreux points à un précédent acte fourni par la présidence gabonaise au journal Le Monde et il ne comporte, par ailleurs, aucun tampon officiel, contrairement à d’autres actes de naissance de l’époque.

Mais il y a mieux. L’acte de naissance d’une sœur d’Ali Bongo, Annick, obtenu par Mediapart, est lui aussi de nature à ébranler la possible fable franco-gabonaise. Ce document (voir sur mediapart) stipule en effet qu’Annick Bongo serait née le 19 juillet 1959, du même père mais surtout de la même mère qu’Ali Bongo. C’est-à-dire moins de six mois après la naissance supposée de celui-ci, en février. Physiologiquement, c’est impossible.

Dans le cadre de l’héritage houleux d’Omar Bongo (qui a eu une cinquantaine d’enfants), Ali Bongo est d’ailleurs le seul à n’avoir pas fourni aux notaires chargés du dossier d’acte de naissance en bonne et due forme, comme Mediapart l’a déjà raconté.

Au Gabon, l’opposition à Ali Bongo tente tant bien que mal d’empêcher la candidature du président sortant. Début juillet, une large coalition de candidats a publié un communiqué pour s’indigner des « manœuvres » de la commission électorale gabonaise, qu’elle accuse d’avoir modifié discrètement les règles de candidature pour favoriser celle d’Ali Bongo. « Nous réaffirmons notre détermination à voir la Constitution et l’ensemble du corpus juridique s’appliquer à tous, sans exception ni état d’âme », ont affirmé d’une même voix les signataires.

La Cour constitutionnelle du Gabon a été saisie, sans que beaucoup d’espoirs ne soient pour autant nourris par l’opposition, qui décrit régulièrement des institutions judiciaires totalement soumises au régime en place.

… lire la suite et voir les documents sur mediapart.fr

28 JUILLET 2016 | PAR FABRICE ARFI

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